Le revenant – Eric Chauvier – [Bonnes feuilles]

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Charles Baudelaire réapparaît en zombie dans le Paris d’aujourd’hui

paru dans lundimatin#157, le 17 septembre 2018

Dans les rues de Paris, en 2018, Charles Baudelaire est de retour parmi les vivants. Monstrueux, effroyable et décati, le zombi erre au milieu d’une foule d’abord indifférente puis amusée et finalement terrorisée. Personne évidemment pour reconnaître le célèbre poète, loqueteux. Comment est-il arrivé là ? De quelle mystérieuse malédiction est-il la victime ? Impossible de le savoir. Son dessein par contre, s’éclaircit au fil des pages et des badauds déchiquetés : il recherche la beauté, une certaine idée de la beauté, en vain.

« Ce qu’il y a d’unique
dans la poésie de Baudelaire,
c’est que les images
de la femme et de la mort
fusionnent en une troisième,
celle de Paris. »

C’est par cet exergue de Walter Benjamin que s’ouvre Le Revenant d’Éric Chauvier, anthropologue que nous n’avions, à tort, jamais lu. Il ne s’agit pas d’une fiction post-moderne et branchée pour lecteurs d’Usbek & Rica ou de Télérama ni de littérature nostalgique et désabusée comme aiment s’en repaître les réactionnaires « cultivés ». Le zombi de Baudelaire n’est pas anachronique, il est messianique : « Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds ». Le Revenant vient de paraître aux éditions Allia, nous vous proposons ici quelques bonnes feuilles.

*

* *

Mais les forces lui manquent à nouveau et il s’affale bientôt, baveux et vaincu, sur l’asphalte gras d’une ruelle évoquant des formes oubliées de Paris. L’artère est à ce point étroite qu’elle pourrait lui permettre de s’endormir sans crainte, si la crainte lui était un sentiment concevable. Mais il ne peut à cet instant que balbutier des sensations primaires héritées de mondes anciens. Sur ce point, un zoologiste constaterait que la constitution de l’être étendu là n’est pas plus avancée que celle d’un macaque. Il se tromperait en partie ; on le voit spumeux et délirant sans savoir qu’il a un jour imploré une entité divine, à la fois Ange-gardien, Muse et Madone, dont il a mis tout le restant de son existence et de son orgueil à chanter les louanges, et qu’autour de lui, toujours, ce fantôme dans l’air dansait comme un flambeau. Alors, quand, dans la ruelle, une pauvre femme se pique de s’arrêter pour sauver son âme – son âme à lui s’entend —, en lui proposant je ne sais quels réconforts de bigotes, dans je ne sais quels cercles vertueux, son regard s’éclaire soudain d’une inquiétante lueur. Elle en fait des tonnes, s’adresse à lui comme à un tout petit enfant ou à un débile. Elle va même jusqu’à caresser sans haut-le-cœur ses cheveux rares et graisseux. Elle dit : quelle époque quand même, qui laisse mourir les gens dans les rues de Paris. Elle s’offusque, lève les yeux au ciel, mais il ne faut pas s’y tromper, la pitié n’empeste pas moins que le mépris. Car c’est bien son propre salut qu’elle recherche en vérité. Tout cela n’est qu’une comédie hypocrite telle qu’en jouent ceux qui ont atrocement peur de la mort. Elle s’intéresse aux pauvres depuis un an. Sera-ce suffisant pour convaincre le Tout-puissant ? Elle a même un jour sauvé toute une famille d’Africains en leur envoyant 500 euros, ce n’est pas rien. La prochaine étape coule de source : une famille de Syriens. Voyez-vous, dit-elle, je fais aussi cela pour moi, c’est donnant-donnant comme on dit. Je fais le bien et je vais bien, sourit-elle. Mais l’abominable angoisse revient tout à coup, c’est injuste, reprend-elle, de disparaître quand on a traversé comme moi une vie à peine vécue. J’ai 72 ans, mon pauvre ami, l’âge d’en finir bientôt. Persuadée que Charles peut accueillir ses confessions sans moufter (comme une sorte d’esclave de sa rédemption), elle se penche vers son oreille puante, convaincue que braver la pestilence la rapprochera de l’Entité omnisciente et bienveillante, puis, dans un tremblement, chuchote : « J’ai peur. » Il ne l’entend pas. Il évolue dans les effluves stagnantes de sa propre mémoire. Obscurément, elles lui évoquent cet esprit divin qui valait tout à la fois pour Ange-gardien, Muse et Madone, et qui dans la nuit et dans la solitude, dans la rue et dans la multitude, lui ordonnait, en son nom propre, de n’aimer que le Beau. Et la désespérée maintenant le supplie : sauvez-moi, sauvez-moi monsieur, en accueillant ma bonté. C’en est pathétique et cette insistance importune Charles, l’obligeant à pressentir que le Beau qu’il traquait jadis avec une dévotion totale ne se trouve pas dans les yeux de cette femme perdue. Comme elle est sans aura ni avenir, pas plus sur une terre maudite que dans les cieux incertains, vouée à n’être rien, le métabolisme de Charles se régénère et se durcit. Il ne le sait pas, mais côtoyer la laideur des âmes décuple ses effroyables pouvoirs mortifères, au point de devenir une menace colossale. D’une main ferme, prolongée de griffes tranchantes comme des rasoirs, il serre contre son cœur déchu le corps inutile de la fausse généreuse, l’étreint, l’étouffe puis le dévore.

Source: Le revenant, d’Éric Chauvier, lundi matin

  • Littérature

 

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La dégressivité de l’assurance-chômage : une réforme injuste et inefficace

Par Didier Gelot, économiste, L’Humanité, 12 septembre 2018 /

La dégressivité de l’assurance-chômage : une réforme injuste et inefficace. Pourtant, les travaux disponibles, loin de confirmer que la baisse progressive du montant des allocations chômage incite à la reprise d’emploi, indiquent le contraire. Ainsi, une recherche réalisée en 2001 sur l’impact de l’allocation unique dégressive (1) conclut sans ambiguïté que « la dégressivité, telle qu’elle a été mise en œuvre de 1992 à 1996, aurait ralenti le retour à l’emploi ». Elle indique également que l’effet sur la reprise d’emploi de la dégressivité des allocations est d’autant moins sensible que le niveau de l’allocation est faible.

Une autre étude de 2016 complète ce résultat (2). Elle ne montre aucun impact positif de la dégressivité des allocations sur la durée de chômage. En revanche, elle conclut que le maintien dans le temps des droits acquis, voire leur progressivité, aurait un effet favorable sur le retour à l’emploi. C’est uniquement dans le cas où le niveau des allocations serait très élevé que sa réduction augmenterait le taux de retour à l’emploi. Mais ce n’est pas le cas de la France, qui a enregistré une baisse constante des allocations chômage, notamment en 2001, où la fin de la dégressivité a été compensée par une réduction drastique de la durée des droits à indemnisation.

L’objectif réel de cette proposition est en réalité de répondre au déficit de l’assurance-chômage. Mais, là encore, les études montrent que, si la dégressivité a, à court terme, un effet positif sur cet indicateur, à moyen terme l’effet serait inverse. En obligeant les chômeurs à accepter des emplois mal rémunérés, les cotisations versées à l’assurance-chômage en seraient réduites d’autant, ce qui accentuerait le déficit du régime.

Cette volonté de réduire les droits à l’assurance-chômage ne relève donc pas d’un constat scientifiquement fondé. Elle renvoie à l’idée selon laquelle on dépenserait inutilement « un pognon de dingue » dans les minima sociaux et on serait trop « généreux » avec les chômeurs qui ne chercheraient pas activement un emploi. C’est, là encore, largement contredit par les études disponibles, qui montrent au contraire que chômeurs et allocataires du RSA recherchent activement un travail et que, lors de leur reprise d’emploi, très nombreux sont ceux qui n’ont pas épuisé leurs droits à prestation ou à indemnisation.

Dernièrement, le président du Medef et la ministre du Travail se sont exprimés à propos de la réintroduction de la dégressivité de l’assurance-chômage. Celle-ci avait pourtant été supprimée en 2001 après une dizaine d’années de mise en œuvre. Il s’agirait, selon eux, d’« inciter les chômeurs à reprendre un emploi ». De son côté, le député LaREM Aurélien Taché propose de cibler cette dégressivité sur les revenus les plus élevés. Une telle proposition avait aussi été émise en 2016 par Myriam El Khomri, qui avait déclaré que « toutes les pistes devaient être étudiées pour négocier de nouvelles règles, y compris la dégressivité ». Dit autrement, cette volonté de faire supporter les effets de la crise économique par les chômeurs fait largement consensus.

(1) B. Dormont, D. Fougère, A. Priego, « L’effet de l’allocation unique dégressive sur la reprise d’emploi », Économie et statistique n° 343. (2) B. Coquet, « Dégressivité des allocations chômage : une réforme ni nécessaire ni efficace », Policy Brief, octobre 2016, Sciences-Po.

Le FMI met le feu en Haïti, en Guinée, en Égypte…

8 août par Claude Quémar


Depuis que les prémices d’une nouvelle crise de la dette se précisent pour un certain nombre de pays du Sud, le FMI et la Banque mondiale ont repris peu à peu le rôle qui avait été le leur durant la crise de la dette des années 1980. Ils imposent, en effet, de nouveaux plans d’ajustement structurel (le mot est d’ailleurs réapparu largement) aux pays qui se tournent vers eux, confrontés à une baisse des ressources et/ou à une hausse du service de la dette. Les années qui ont suivi la mise en place des allègements de dettes (les années 2000) ont vu ces pays profiter de cette période pour investir massivement dans des infrastructures (énergie, transports…), en s’appuyant sur des prêts bilatéraux avec de nouveaux partenaires (Chine, Inde, pays du Golfe…), sur une hausse des ressources tirées de l’exportation de matières premières dont le cours a alors repris une courbe ascendante, sur l’accès à de nouveaux modes de financements (eurobonds, finance islamique, bons et obligations du trésor émis en monnaie locale).

Las, la tendance s’est retournée brutalement. Un grand nombre de matières premières ont vu leur cours baisser fortement, même si elles ont connu sur les deux dernières années, un rebond. Les taux d’intérêt sont repartis à la hausse et les eurobonds émis au début des années 2010 arrivent à maturité entre 2018 et 2020.

Le scénario ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du début des années 1980.

Au point que les acteurs essentiels de la période sont de retour. Fonds monétaire international, groupe Banque mondiale, Club de Paris, Institut de la finance internationale (qui a pris de facto la place du Club de Londres pour les créanciers privés), tout ce petit monde est à la manœuvre pour imposer de nouveau ses règles, en tenant compte de la situation nouvelle. C’est ainsi, par exemple, que le Club de Paris essaie de s’élargir aux nouveaux bailleurs internationaux (Chine, pays du Golfe, Afrique du Sud…). L’affaire de la ‘dette cachée’ mozambicaine permet à ces institutions de faire front pour imposer leur méthode.

Mêmes interprètes donc, et même partition : ajustement, austérité, rigueur, libéralisme, libre-échange…

Les conditionnalités sont ainsi de retour. Vous voulez renouer avec les institutions financières internationales (IFI) comme prêteurs en dernier ressort, bien ! Voila le programme, notre programme [1]. À prendre ou à laisser. La République du Congo, pour avoir tergiversé, voit de mois en mois repoussé le déblocage d’un prêt du FMI pour faire face à une dette qui explose (entre 117 % et 130 % du PIB selon les calculs). Les ‘bons élèves’ voient débloquées les tranches successives de prêts.

Parmi ces conditionnalités, on retrouve toujours l’abandon des mesures sociales, telles que subventions, compensations… qui permettent aux populations d’avoir accès à des services publics, même dégradés. Elles seraient, selon les IFI, trop lourdes pour le budget d’États qui doivent faire face à un service de la dette majoré et donc doivent diminuer leur déficit budgétaire.

Trois exemples d’actualité permettent de comprendre les enjeux sociaux, économiques et politiques de telles mesures. Le FMI, depuis le début 2018, a imposé à Haïti, à la Guinée et à l’Égypte, l’abandon des subventions aux produits pétroliers.


Haïti

En juin 2018, l’équipe du FMI émet ses recommandations à Haïti [2]. On y voit combien ces techniciens ne tiennent aucunement compte des réalités sociales vécues par l’immense majorité de la population. Afin de privilégier ‘la création d’un espace budgétaire nécessaire au financement des programmes sociaux et d’accroître les investissements publics’, le FMI se félicite de l’élimination des subventions au prix des carburants, initiée par le gouvernement fin juin. C’est oublier rapidement l’effet immédiat sur le coût de la vie d’une hausse brusque des transports publics, dans un pays à l‘urbanisation anarchique, ou l’essentiel de ce qui est consommé est importé, où la production agricole doit être transportée vers la mégapole de Port-au-Prince.

La population, elle, ne s’y est pas trompée. Aussitôt annoncée la hausse, début juillet, des émeutes éclataient dans les quartiers populaires. La gazoline devait, en effet, passer de 224 gourdes à 309 gourdes (1 dollar = 69 gourdes, 1 euro = 85 gourdes) le gallon, le gas-oil de 179 gourdes à 264 gourdes pour un gallon, le kérosène, très utilisé par la plupart des ménages en Haïti, de 173 à 262 gourdes.

Rappelons que 58 % de la population haïtienne vit avec moins de 2 dollars par jour, selon les chiffres du PNUD. Depuis la mi-2017, des fortes mobilisations sociales exigeaient le passage du salaire minimum dans les zones franches à 800 gourdes par jour, pour faire face aux nécessités quotidiennes, montant porté à 1 000 gourdes en 2018, face à une inflation de 14%. La hausse de ce salaire minimum à 350 gourdes à l’été 2017 a été vécu, par les travailleursִִ.euses comme une provocation et du mépris. « On nous paie le samedi, le lundi on recommence à s’endetter » exprimait une des manifestants. Ils exigent l’abandon de ces politiques antisociales, de véritables mesures économiques, en particulier la restitution des 5 milliards de dollars US détournés des fonds Petro-Caribe par l‘oligarchie locale.

En annonçant la hausse des prix des carburants en plein coupe du monde de football, et plus précisément pendant le match Belgique-Brésil, équipe préférée des Haïtiens, le 6 juillet, les autorités pensaient atténuer le choc. Aussitôt le match fini (et le choc accentué par l’élimination brésilienne ?), les rues étaient bloquées, des supermarchés pillés, un commissariat incendié… Bilan : 20 morts, des immeubles calcinés…

Et la démission du gouvernement de Jack Guy Lafontant, réclamée y compris par le patronat local, accompagnant le gel des hausses annoncées, n’a pas calmé les ardeurs. Quant au représentant du FMI, il se contente de dire que, peut-être il eut fallu étaler les hausses. Sa nouvelle bataille est la restructuration d’Électricité d’Haïti (ÉdH), qu’il réclame depuis des années. Par restructuration, tout le monde comprend, à juste titre, privatisation. Le bilan des privatisations imposées depuis les années 1980 (télécoms…) ne semble pas avoir été tiré.


Guinée

Juin 2018, toujours, le gouvernement guinéen annonce l’abandon des subventions aux carburants, faisant ainsi passer de 8 000 francs guinéens (GNF) à 10 000 GNF le litre d’essence (de 76 à 95 centimes d’euro). Depuis 2016, le gouvernement, sous pression du FMI essaie de faire passer l’abandon de ces subventions. L’institution de Washington en fait une condition de la signature d’un accord de Facilité élargie de crédit FEC). Une nouvelle fois, elle préconise des solutions les moins équitables, les plus injustes socialement [3]. Le mois de juillet va voir se succéder manifestations, grèves, journées ‘ville morte’. Les syndicats et mouvements sociaux impliqués mettent en avant la hausse des exportations de bauxite (multipliées par trois en un an), dont le pays possède les principales réserves au monde. Ils montrent également du doigt les conditions d’octroi des passations de marché, essentiellement de gré à gré, permettant tous les petits ‘arrangements entre amis’.


Au tour de l’Égypte

21 juillet 2018, c’est au tour de l’Égypte d’annoncer une hausse des tarifs de gaz naturel de 75 %. Le prix de la consommation d’un maximum de 30 m ᶟ a été fixé à 0,175 livre égyptienne (0,098 dollar US) à partir du 1er août contre 0,100 livre précédemment.

Cette augmentation du gaz s’ajoute à celles, réalisées en 2016, du carburant, de l’électricité et des transports publics, en contrepartie d’un accord de prêt de 12 milliards de dollars US du FMI. Une nouvelle fois, ce sont donc les couches les plus défavorisées, déjà touchées, par une inflation galopante, une dévaluation de la monnaie, entraînant une hausse de tous les produits importés, qui vont faire les frais de ces politiques. [4]

D’autres pays suivront, si on n’arrête pas la machine infernale. L’Argentine, le Nicaragua ont été touchés récemment, en attendant de nombreux autres pays.

Ces mesures ne restent pas sans réaction. On peut, comme en Haïti, repousser l’échéance pays par pays. Bien sûr, la solidarité la plus large doit s’exercer avec les mobilisations en cours. Mais la question posée est d’en finir avec ces politiques d’austérité qui font payer les classes populaires pour les cadeaux faits aux transnationales, aux industries extractives, aux créanciers privés. Les mobilisations dette doivent reprendre le chemin qu’elles avaient emprunté ensemble après la crise des années 1980, mobilisations qui avaient entraîné une remise en cause du poids des institutions financières.



Notes

[1Pour un listage complet des conditionnalités du FMI sur les dernières décennies, on consultera avec bénéfice : Alexander E. Kentikelenis, Thomas H. Stubbs & Lawrence P. King (2016), IMF conditionality and development policy space, 1985–2014, Review of International Political Economy, 23:4, 543-582, DOI : 10.1080/09692290.2016.1174953. On y verra leur aspect systématique et donc systémique. Voir aussi : Isabel Ortiz, Matthew Cummins, The Age of Austerity

[2On trouvera le communiqué de presse à l‘adresse suivante : http://www.imf.org/fr/News/Articles/2018/06/20/pr18246-imf-staff-concludes-visit-to-haiti

Festival Meteor en Israël : Une réponse à Laetitia Sadier

samedi 8 septembre 2018 par Erwan Simon
Laetitia Sadier,

Interpellée par une lettre ouverte de la Campagne BDS France et de 
nombreux-ses personnes attachées aux droits humains concernant votre
participation au festival Météor en Israël débutant aujourd’hui, vous 
avez répondu par ce tweet le 3 septembre dernier sur votre compte et 
aujourd’hui sur votre site.

 @MwBNews

  

« Faire de la musique, pas la guerre »

L’art, dans votre cas la musique, fait bouger les lignes, rassemble et aide à reconstruire des populations, c’est un instrument puissant et il peut être manié de diverses façons, et à diverses fins. D’ailleurs, le gouvernement israélien le sait très bien.

La façon dont vous l’envisagez sera nécessaire, mais seulement lorsque l’apartheid, la colonisation et l’occupation seront tombés : c’est l’étape suivante…

Aujourd’hui il s’agit de faire tomber ce système inique.

Vous le savez vous ne jouerez pas pour les millions de Palestiniens qui sont de l’autre côté du mur, à quelques km seulement de la scène, ni pour les millions de Palestiniens enfermés dans le ghetto de Gaza, et qui ne pourront pas assister à ce concert.

Vous ne jouerez pas non plus pour les Syriens expulsés du plateau du Golan en 1967 et dont votre scène se trouvera a moins de 10 km ( vous pourrez aller y voir la centaine de villages détruits par Israël, le voyage prendra moins de 2 heures).

Vous préférez entendre l’argument, certes flatteur, disant que votre musique sera un pont, mais prenez le temps d’écouter la société civile palestinienne (à la base de l’appel BDS) ainsi que les membres de Boycott From Within qui vous ont écrit ici ou des artistes comme Eyal Sivan ou encore des personnalités telles que Nurid Peled…

Ce sont des individus qui n’ont jamais cessé de lutter pour un monde plus juste, plus équitable, plus égalitaire … c’est de cette tradition de lutte qu’est issu le mouvement BDS, de lutte contre le racisme entre autres…

Vous le savez également, les Israéliens anticolonialistes et progressistes qui dénoncent la situation sont de plus en plus menacés (pénalisation du boycott et de BDS) d’être traînés en justice, envoyés en prison etc. Vous ne les aiderez pas en n’entendant pas leur message, au contraire.

Vous êtes attachée à faire de ce monde un monde plus juste, mais les luttes de libération, pour les droits civiques et sociaux ont toujours été violentes et ce sont les opprimés qui en payent le plus lourd tribu.

En vous concentrant sur la forme et non sur le fond de la lutte, vous effectuez une inversion qui laisse à penser que ceux qui doivent être les premiers entendus et aidés sont les Israéliens progressistes (et je sais combien ils en ont besoin). Cependant, les premières victimes sont les palestiniens et c’est à eux que revient le droit, le devoir et la responsabilité de définir les moyens d’action et la façon de les soutenir dans leur lutte pour leurs droits. Cela, les anticolonialistes israéliens le savent.

Il persiste une certaine continuité de la pensée coloniale au sein la classe intellectuelle française, une tendance à ne pas entendre les premiers concernés.

Auriez vous expliqué à Nelson Mandela que votre venue en Afrique du Sud au temps de l’apartheid aurait permis de rapprocher les peuples ? Il est doux de penser pouvoir s’exonérer de ses actions en arguant de ses bonnes intentions.

Le boycott sous toutes ses formes est considéré pour les Palestiniens comme un « picket line » à ne pas franchir. Vous qui aimez à citer Godard, lui même est l’un des 80 signataires contre la saison France-Israël, vous pourriez suivre son exemple et soutenir la lutte des peuples opprimés, en l’occurrence, ici, les Palestiniens.

Vous pourriez ainsi décider ne pas franchir « le picket line » en divertissant l’apartheid israélien, en participant à ce festival soutenu par le régime israélien, et vous joindre aux 16 artistes qui se sont déprogrammés.

Erwan Simon, militant de la Campagne BDS

 

ONU /Syrie : Ce que vous ne devez pas entendre…

Bachar al-Jaafari

Mercredi 29 août 2018

Ce 28 août 2018, tout un chacun pouvait lire sur le site de l’ONU : « À la une, la détérioration croissante de la situation humanitaire au nord-ouest de la Syrie au menu du Conseil de sécurité ». Et ceux qui ont suivi les interventions publiques du Conseil de sécurité ont pu constater que la diffusion de l’intervention du délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies, le Dr Bachar al-Jaafari, a été rapidement interrompue.

Interrogé sur l’incident par la télévision nationale syrienne, il a décrit une séance particulièrement étrange, tenue sous le titre de l’humanitaire, mais où les discussions publiques et à huis clos ont surtout porté sur le futur usage d’armes chimiques par les terroristes à Idleb et sur les menaces d’une nouvelle agression de l’Occident contre la Syrie. Concernant l’interruption de la diffusion de son intervention, il a déclaré :

En ce mois d’Août la présidence du Conseil est britannique et, aujourd’hui, il s’est passé qu’après avoir écouté 16 intervenants, le Directeur de l’OCHA [Bureau de la coordination des affaires humanitaires] et les délégués des 15 pays membres du Conseil de sécurité, la présidente britannique a décidé de limiter mon temps de parole à 5 minutes ; ce que j’ai refusé […] Mais le problème est qu’elle s’était préalablement entendue avec la Secrétaire générale adjointe à la communication au Département de l’information de l’ONU, Mme Alison Smale également britannique, pour que l’enregistrement diffusé de mon intervention soit coupé. Je suis d’ailleurs le seul dans ce cas et, comme vous l’avez constaté, la diffusion a été interrompue 2 minutes environ après ma prise de parole.

De toute façon, nous avons porté plainte auprès de la Secrétaire générale adjointe et j’ai adressé, il y a quelques minutes, une lettre officielle à la présidente du Conseil en personne, lui demandant d’intégrer le texte complet de mon intervention au compte-rendu officiel destiné aux instances de l’ONU, afin que tous les États membres soient mis au courant de ce que nous avions l’intention de dire…

Pour mémoire, voici le texte intégral de cette intervention que vous ne deviez pas entendre… [NdT]

Merci Madame la Présidente.

Merci aussi pour avoir mentionné les deux lettres que j’ai adressées aux bons soins de la présidence et des membres du Conseil de sécurité à propos du « chimique » et du grand danger qui nous guette au cas il serait utilisé une nouvelle fois à Idleb.

Vous m’avez posé quelques questions, Madame la Présidente, et j’ose espérer que vous aurez le cœur assez grand pour supporter ce que j’ai à dire pendant quelques minutes, maintenant que je vous ai tous écoutés pendant plus d’une heure et demie. En effet, nombre de points importants méritent quelques éclaircissements, mais avant de lire mon communiqué je voudrais signaler ce qui suit :

  • Premièrement : Au cours de la période correspondant au rapport de l’OCHA de ce jour, le ministère des Affaires étrangères a consenti à 2700 demandes du Programme Alimentaire Mondial [PAM] concernant l’acheminement des aides aux régions libérées et ailleurs : 2700 demandes !
  • Deuxièmement : Ce mois-ci, nous avons distribué aux représentants des États membres du Conseil de sécurité des explications détaillant le sens et les objectifs de la Loi n°10 [loi prévoyant la création d’entités administratives locales en charge des efforts de reconstruction, votée début avril 2018 et interprétée, entre autre, comme une tentative d’expropriation des déplacés syriens par le gouvernement syrien… NdT], lesquelles explications invalident toutes les allégations et informations biaisées présentées de temps à autre par certains quant aux prétendus objectifs de cette loi et, par conséquent, devraient clore la polémique sur le sujet.
  • Troisièmement : Le Croissant rouge syrien coopère quotidiennement et continuellement avec les partenaires locaux et internationaux à l’acheminement des aides humanitaires et de dizaines de convois aux régions où des civils en ont besoin.

Mais notre problème avec l’OCHA est le suivant : M. Ging a déclaré que seules quatre convois ont été autorisés. Ce qui n’est pas vrai.

Notre problème avec l’OCHA est qu’il ne compte que les convois auxquels il participe. Autrement dit, les convois du PAM [Programme Alimentaire Mondial] , du HCR [Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés] ou de la Croix-Rouge, ne sont pas reconnus par l’OCHA. Les centaines de convois et les milliers de tonnes d’aides humanitaires rendues dans les régions où les civils en ont besoin ne sont pas pris en compte par l’OCHA. Par conséquent, pour l’OCHA, seuls quatre convois ont été autorisés ce mois-ci. Ce n’est pas vrai et c’est trompeur pour les représentants des États membres de ce Conseil.

Ceci étant dit, j’entame la lecture de mon communiqué :

Madame la Présidente,

C’est à maintes reprises que nous avons mis en garde contre la présence, dans cette salle, d’un énorme et féroce éléphant menaçant les fondements de notre travail collectif et piétinant nombre de vérités, afin de camoufler les violations par certains États membres permanents des dispositions de la Charte [des Nations Unies] et des principes du Droit international.

Aujourd’hui, l’obstination dans l’erreur semble toujours de mise dans les politiques et les pratiques des gouvernements occidentaux à l’égard de mon pays. Au lieu de reconnaître leur culpabilité et d’assumer leur responsabilité politique et juridique pour avoir lancé une guerre terroriste contre la Syrie, son État et son peuple, et au lieu de rectifier les politiques catastrophiques menées contre notre région en général et contre mon pays en particulier, ils persistent dans leur agression et, par le biais de leurs bannières noires, de leurs casques blancs et de leurs lignes rouges, ils préparent de nouvelles mises en scènes sanglantes utilisant des armes chimiques dans le nord-ouest de la Syrie. Ceci, dans le but d’entraver l’opération politique en cours, de justifier l’agression de mon pays ainsi que l’occupation de certaines de ses régions, et d’insuffler une nouvelle énergie aux reliquats du terrorisme encore présent dans ces régions.

Le gouvernement de mon pays condamne le communiqué publié il y a quelques jours par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, et réfute le fond et la forme de son contenu. La Syrie a affirmé à plusieurs reprises qu’elle considère que l’usage des armes chimiques est immoral, qu’elle le condamne en tout lieu, en toutes circonstances et contre qui que ce soit.

Aujourd’hui, la Syrie réaffirme qu’elle ne possède aucune arme chimique et qu’elle a respecté tous les engagements pris avec l’OIAC [Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques], laquelle en a informé l’ensemble des organisations internationales concernées, dont votre respecté Conseil. Il est donc inutile que je vous répète à chaque réunion que le stock de produits chimiques syriens a été détruit à bord du navire américain Cape Ray en mer Méditerranée, tandis que le stock d’Israël en armes nucléaires, chimiques et biologiques attend toujours la bénédiction de ce Conseil pour s’en débarrasser.

Madame la Présidente,

Je mets entre vos mains des informations documentées sur les préparatifs de l’organisation terroriste le Front al-Nosra, et de groupes affiliés, en vue de l’utilisation d’armes chimiques contre des civils du gouvernorat d’Idleb, dans le but d’incriminer l’Armée arabe syrienne et de justifier n’importe quelle éventuelle agression militaire menée par les gouvernements des pays employeurs de ces organisations terroristes, à l’instar de ce qui s’est passé lors de l’attaque américaine sur l’aéroport d’Al-Chaayrate le 7 avril 2017, et lors de l’agression tripartite américano-franco-britannique le14 avril 2018.

Dans le cadre des préparatifs de ce crime, face auquel nous demandons fermement aux gouvernements ayant de l’influence sur ces groupes terroristes de dissuader leurs agents de le mettre à exécution, huit conteneurs de chlore ont été transportés au village de Helouz à Idleb, en prévision du scénario destiné à la mise en scène d’une nouvelle attaque chimique. Une attaque jouée par les terroristes du « Parti islamique du Turkestan » et du Front al-Nosra -terroristes que les rédacteurs des rapports onusiens se plaisent à qualifier d’« opposition armée non étatique »-, lesquels utiliseront des produits chimiques toxiques contre des civils syriens, dont des dizaines d’enfants, kidnappés depuis quelques jours dans les campagnes d’Alep et d’Idleb, afin d’accuser le gouvernement syrien et de poursuivre la brutale agression contre la Syrie.

Toute agression contre mon pays, si elle avait lieu, serait une agression contre un pays membre fondateur des Nations Unies, une agression contre la paix et la sécurité régionales et internationales, un soutien au terrorisme et une atteinte aux efforts que nous avons consentis avec nos alliés pour le combattre ; en sachant que la roue tourne et que tôt ou tard l’agresseur finira pas payer ses forfaits.

Je me contenterai de ce peu, Madame la Présidente, en réponse à votre exigence de limiter mon temps de parole bien que cette réunion soit importante, concerne mon pays, et que tous se sont amplement exprimés.

Merci.

Dr Bachar al-Jaafari
Délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies

Palestine-solidarité – Syrie, ce ue vous ne devez pas entendre

Transcription et traduction par Mouna Alno-Nakhal

Sources : Vidéos Al-Ikhbariya / Mission syrienne à l’ONU
https://www.facebook.com/Alikhbaria.Sy/videos/470160786815910/
https://www.youtube.com/watch?v=niroDO85jVc

L’huile de palme : la déforestation au quotidien

25 août 2018

L’huile de palme en 5 minutes

Situation actuelle : la forêt tropicale dans les véhicules et les assiettes

Avec 66 millions de tonnes par an, l’huile de palme est l’huile végétale la plus produite de la planète. Un prix particulièrement bas sur le marché mondial et des propriétés convenant particulièrement au processus de transformation industrielle des aliments ont fait que l’huile de palme est présente aujourd’hui dans un produit sur deux dans les supermarchés : pizzas surgelées, biscuits, margarine, crème pour le corps, savon, maquillage, bougies, lessive…

Ce que presque personne ne sait : près de la moitié des importations d’huile de palme dans l’union européenne est consommée sous la forme de biocarburants. La loi de 2009 sur l’incorporation obligatoire d’agrocarburants dans l’essence et le diesel est ainsi une cause majeure de déforestation tropicale.

À ce jour, les plantations d’huile de palme s’étendent sur 27 millions d’hectares à travers le monde, soit un territoire grand comme la Nouvelle-Zélande d’où ont été chassés habitants et animaux pour faire place à un « désert vert ».

Les conséquences : la mort dans le sachet de soupe en poudre

Les palmiers à huile trouvent des conditions optimales de croissance dans les chaudes et humides régions tropicales près de l’Équateur. En Asie du Sud-Est, en Amérique du Sud et en Afrique, d’immenses zones de forêts tropicales sont défrichées et brûlées, jour après jour, pour faire de la place aux plantations. Ce faisant, de grandes quantités de gaz à effet de serre sont émises dans l’atmosphère. L’Indonésie, premier producteur d’huile de palme de la planète, a ainsi émis plus de gaz à effet de serre que les États-Unis d’Amérique au cours de l’année 2015. Les émissions de CO2 et de méthane rendent les biocarburants à base d’huile de palme trois fois plus nocif pour le climat que les carburants à base de pétrole.

Mais le climat n’est pas le seul touché : avec les arbres disparaissent des espèces rares comme l’orang-outan, l’éléphant pygmée de Bornéo ou le tigre de Sumatra. Paysans et populations autochtones, qui depuis des générations vivent dans la forêt et la préservent, sont souvent brutalement expulsés de leur terres. A ce jour, 700 conflits fonciers en rapport avec l’industrie de l’huile de palme ont été recensés en Indonésie. Et les plantations gérées de « manière durable » ou « bio » ne sont pas exemptes de violations des droits humains de la population.

Nous, consommateurs, en entendons peu parler. Pourtant, notre absorption quotidienne d’huile de palme est nocive pour notre propre santé : l’ huile de palme industrielle raffinée est riche en contaminant génotoxiques et cancérigènes comme l’a alerté l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) au cours de l’été 2016.

La solution : changer radicalement nos modes d’alimentation et de déplacement

Il ne reste plus que 70 000 orangs-outans dans les forêts d’Asie du Sud-Est. La politique européenne de soutien aux biocarburants pousse les grands singes toujours plus au bord de l’extinction : chaque nouvelle plantation de palmier à huile détruit une partie de son habitat naturel. Nous devons faire pression sur les politiques pour aider nos plus proches parents. Mais il existe des pratiques quotidiennes pouvant déjà apporter beaucoup.

Ces conseils simples vous aideront à savoir où l’huile de palme se cache et comment l’éviter :

  1. cuisiner soi-même : biscuits poire – amande – noix de coco ? Pizza pomme de terre romarin ? Transformer soi-même des aliments frais permet d’éviter tous les plats préparés contenant de l’huile de palme de l’industrie agroalimentaire. Les huiles végétales européenne telles que l’huile d’olive, de tournesol ou de colza s’adaptent à quasiment toutes les recettes.
  2. lire les étiquettes : la présence d’huile de palme doit être indiquée sur les emballages alimentaires depuis décembre 2014. Mais pas pour les cosmétiques mais et les produits ménagers où elle se cache sous la forme de termes techniques. Il est très facile de trouver des alternatives sans huile de palme sur internet.
  3. le client est roi : « Quels produits sans huile de palme proposez-vous ? Pourquoi n’utilisez pas des huiles locales ? » Poser de telles questions aux fabricants peut leur faire craindre pour la réputation de leurs produits. La pression publique et la prise de conscience accrue du problème a déjà incité plusieurs producteurs à renoncer à huile de palme.
  4. Signer des pétitions et interpeler les politiques : les pétitions en ligne permettent de faire pression sur les politiques responsables des importations d’huile de palme. Avez-vous déjà signé toutes les pétitions de Sauvons la forêt ?
  5. Se faire entendre : les manifestations et autres actions collectives permettent d’atteindre le public et les médias. Ainsi s’accroît la pression sur les décideurs politiques.
  6. Renoncer à la voiture : il est très facile de réaliser la plupart de nos trajets à pied, à vélo ou avec les transports en commun.
  7. Savoir et faire savoir : les milieux économiques et politiques veulent nous faire croire que les biocarburants sont bons pour le climat ou qu’il est possible de produire de l’huile de palme de manière durable. Sauvonslaforet.org informe sur les conséquences de la culture industrielle de l’huile de palme.

L’huile de palme en 5 minutes

Situation actuelle : la forêt tropicale dans les véhicules et les assiettes

Avec 66 millions de tonnes par an, l’huile de palme est l’huile végétale la plus produite de la planète. Un prix particulièrement bas sur le marché mondial et des propriétés convenant particulièrement au processus de transformation industrielle des aliments ont fait que l’huile de palme est présente aujourd’hui dans un produit sur deux dans les supermarchés : pizzas surgelées, biscuits, margarine, crème pour le corps, savon, maquillage, bougies, lessive…

Ce que presque personne ne sait : près de la moitié des importations d’huile de palme dans l’union européenne est consommée sous la forme de biocarburants. La loi de 2009 sur l’incorporation obligatoire d’agrocarburants dans l’essence et le diesel est ainsi une cause majeure de déforestation tropicale.

À ce jour, les plantations d’huile de palme s’étendent sur 27 millions d’hectares à travers le monde, soit un territoire grand comme la Nouvelle-Zélande d’où ont été chassés habitants et animaux pour faire place à un « désert vert ».

Les conséquences : la mort dans le sachet de soupe en poudre

Les palmiers à huile trouvent des conditions optimales de croissance dans les chaudes et humides régions tropicales près de l’Équateur. En Asie du Sud-Est, en Amérique du Sud et en Afrique, d’immenses zones
de forêts tropicales sont défrichées et brûlées, jour après jour, pour faire de la place aux plantations. Ce faisant, de grandes quantités de gaz à effet de serre sont émises dans l’atmosphère. L’Indonésie, premier producteur d’huile de palme de la planète, a ainsi émis plus de gaz à effet de serre que les États-Unis d’Amérique au cours de l’année 2015. Les émissions de CO2 et de méthane rendent les biocarburants à base d’huile de palme trois fois plus nocif pour le climat que les carburants à base de pétrole.

Mais le climat n’est pas le seul touché : avec les arbres disparaissent des espèces rares comme l’orang-outan, l’éléphant pygmée de Bornéo ou le tigre de Sumatra. Paysans et populations autochtones, qui depuis des générations vivent dans la forêt et la préservent, sont souvent brutalement expulsés de leur terres. A ce jour, 700 conflits fonciers en rapport avec l’industrie de l’huile de palme ont été recensés en Indonésie. Et les plantations gérées de « manière durable » ou « bio » ne sont pas exemptes de violations des droits humains de la population.

Nous, consommateurs, en entendons peu parler. Pourtant, notre absorption quotidienne d’huile de palme est nocive pour notre propre santé : l’ huile de palme industrielle raffinée est riche en contaminant génotoxiques et cancérigènes comme l’a alerté l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) au cours de l’été 2016.

La solution : changer radicalement nos modes d’alimentation et de déplacement

Il ne reste plus que 70 000 orangs-outans dans les forêts d’Asie du Sud-Est. La politique européenne de soutien aux biocarburants pousse les grands singes toujours plus au bord de l’extinction : chaque nouvelle plantation de palmier à huile détruit une partie de son habitat naturel. Nous devons faire pression sur les politiques pour aider nos plus proches parents. Mais il existe des pratiques quotidiennes pouvant déjà apporter beaucoup.

Ces conseils simples vous aideront à savoir où l’huile de palme se cache et comment l’éviter :

  1. cuisiner soi-même : biscuits poire – amande – noix de coco ? Pizza pomme de terre romarin ? Transformer soi-même des aliments frais permet d’éviter tous les plats préparés contenant de l’huile de palme de l’industrie agroalimentaire. Les huiles végétales européenne telles que l’huile d’olive, de tournesol ou de colza s’adaptent à quasiment toutes les recettes.
  2. lire les étiquettes : la présence d’huile de palme doit être indiquée sur les emballages alimentaires depuis décembre 2014. Mais pas pour les cosmétiques mais et les produits ménagers où elle se cache sous la forme de termes techniques. Il est très facile de trouver des alternatives sans huile de palme sur internet.
  3. le client est roi : « Quels produits sans huile de palme proposez-vous ? Pourquoi n’utilisez pas des huiles locales ? » Poser de telles questions aux fabricants peut leur faire craindre pour la réputation de leurs produits. La pression publique et la prise de conscience accrue du problème a déjà incité plusieurs producteurs à renoncer à huile de palme.
  4. Signer des pétitions et interpeler les politiques : les pétitions en ligne permettent de faire pression sur les politiques responsables des importations d’huile de palme. Avez-vous déjà signé toutes les pétitions de Sauvons la forêt ?
  5. Se faire entendre : les manifestations et autres actions collectives permettent d’atteindre le public et les médias. Ainsi s’accroît la pression sur les décideurs politiques.
  6. Renoncer à la voiture : il est très facile de réaliser la plupart de nos trajets à pied, à vélo ou avec les transports en commun.
  7. Savoir et faire savoir : les milieux économiques et politiques veulent nous faire croire que les biocarburants sont bons pour le climat ou qu’il est possible de produire de l’huile de palme de manière durable. Sauvonslaforet.org informe sur les conséquences de la culture industrielle de l’huile de palme.

Texte copié sur le site de Sauver la forêt, qui lance une pétition en ligne

Sauvons la forêt – Huile de palme – Pétition