GILETS JAUNES, MIGRANTS, INSECURITE

Sur le blog de Ombre43 le 3 février 2019

Gilets jaunes, migrants, insécurité.

A qui profite le désordre ?

Des revendications ou peurs peuvent être légitimes mais elles ont toujours un impact sur le fonctionnement de la société, parfois de façon insidieuse. Trois facteurs d’instabilité perturbent un fragile équilibre qui semblait, jusqu’à présent, nous convenir : le mouvement des gilets jaunes, les migrants, l’insécurité. Bien entendu, ils n’ont pas tous la même portée.

Les gilets jaunes sont l’expression vivante du malaise que vivent les français. Un mouvement tel que celui-ci sort de la France profonde, la vraie, loin des lieux de décisions. Il échappe à tout contrôle rationnel du pouvoir. Il créé une brèche qui fissure un mur jusqu’alors inébranlable, voulu par la Vème République. En réalité, il n’est pas un mouvement, simplement un cri d’alarme des français vers ses dirigeants.

201343_France_pauvrete

Les migrants ont découvert que les frontières des différents pays n’étaient que symboliques. Les africains les plus aisés se sont frottés les mains dès que le ciel libyen s’est couvert de bombardiers occidentaux pour ouvrir une autoroute à l’immigration clandestine. Ils se sont alors financièrement cotisés par famille ou par quartier, pour envoyer leur meilleur représentant se jeter sur les routes européennes, dont en priorité françaises. Le retour sur investissement est rentable. Le jeune « élu » n’a pas le droit à l’échec, quitte à courir tous les risques en traversant la méditerranée. Aucune possibilité de retour ne lui est offerte et quand bien même il aurait le courage de rebrousser chemin, il sait très bien qu’il sera banni pour avoir trahi les siens.

00301507_3886a071dcf27fee1b9ff9d997d1d125_arc614x376_w285_us1

En Syrie, l’occident à tout fait pour diviser la population et entretenir une guerre civile. Non content du désordre provoqué, la désertion des camps de réfugiés financés par le Haut Commissariat aux Réfugiés est encouragée par des politiques européens dont le faux humanisme cache des intérêts personnels.

syrie-1000x500

Alors que la France est la seule nation de la coalition occidentale à refuser de rapatrier ses traducteurs et leurs familles, nous accueillons « humainement » les fils des Talibans, grands trafiquants de drogue et égorgeurs d’enfants et de femmes, et assassins de militaires français. Au contraire des migrants africains qui voyagent dans d’atroces conditions, les jeunes afghans font un bond de 5.500 kilomètres sans grande difficulté. Du moins, personne ne s’est réellement penché sur leurs conditions de transfert vers l’Europe. Nous pouvons donc en déduire qu’ils ne font pas un déplacement de tourisme mais leurs vies ne sont pas non plus mises en danger.

AFGHAN DRUGSSelon un rapport de l’Officie des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), près de 92% de la production mondiale d’opium vient d’Afganistan

Cette migration sur fond de misère réelle ou supposée (quand le coût du déplacement avoisine les 20.000 euros, la misère n’est plus le prétexte migratoire à invoquer), de guerre provoquée par des états étrangers ou perdue sur fond de trafics de drogue, est une autre faille qui fissure notre mur construit par nos valeurs, nos convictions, qui tendait à préserver l’ordre derrière lequel nous nous sentions en sécurité.

carte migrants

L’insécurité est le troisième facteur contribuant à nous faire douter de nous-mêmes. Le terrorisme absorbe tous les discours, et la tentation est de prétexter tout acte violent de malveillance comme un « attentat terroriste ». Cela engendre des peurs nous poussant vers un mode de vie où nous acceptons des restrictions de liberté. Nos peurs nous incitent à nous replier sur nous-mêmes. Elles sont développées via les médias qui font la une du moindre pétard mouillé qui explose dans une rue. 12% du PIB, donc de ce que nous produisons comme richesse, seraient le fruit de nos peurs. Une société de la peur en quelque sorte. Il faudrait avoir peur de tout : de l’autre, de manger, de boire, de fumer, de faire l’amour … mais ce qui est certain, il faut avoir peur de s’exprimer. Pourtant, si l’on reprend l’insécurité dans notre pays, avec toutes les atteintes que la France a connu ces dernières années, elle reste un des pays les plus sur du monde.

carte du terrorisme

Les attentats dans le monde

Les attentats ? Les français se regardent le nombril en permanence et n’arrivent pas à comprendre ce qu’il se passe en dehors de leurs frontières. Nos banlieues ? Il est étonnant qu’elles ne fassent pas plus parler d’elles. Peut-être pour ne pas déranger le trafic de drogue qui gangrène la vie de ses habitants. La petite délinquance ? Il est vrai que la « norme » est maintenant de s’équiper à outrance de systèmes d’alarme et de vidéosurveillance, tant elle s’ancre dans notre vie quotidienne. Que nos peurs soient justifiées ou non, le mur nous protégeant en est encore plus fissuré.

fissure

Ce mur construit à partir de notre mode de vie, de nos valeurs et de nos libertés se fissure donc. Mais si cela ne tenait qu’à cela, il suffirait de colmater les fissures dès que possible. Rien n’est irrémédiable. Ce qui est le plus préjudiciable est que ces fissures permettent à des malfaiteurs de s’infiltrer dans notre fonctionnement.

désorde

Tout désordre, permet en effet aux plus pervers et organisations de malfaiteurs de se développer. En dehors de l’ordre établi, tout est bon à exploiter pour eux. La simple existence de migrants engraisse les passeurs qui se sont regroupés au sein d’organisations criminelles que l’on peut soupçonner entretenir de bonnes relations avec des mafias. La mafia italienne Cosa Nostra est déjà implantée au sud de la France, pourquoi ne participerait-elle pas à ponctionner les millions d’euros que les migrants africains distribuent pour atteindre librement la Libye et se lancer sur la méditerranée ? Plus le migrant africain paye, moins il souffre. Moins il paye, plus les risques de disparaître dans l’indifférence de tout le monde sont importants. Sa vie dépend de l’argent qu’il remet à un criminel. A ce titre, la France et ses alliés ont réussi à renverser dans le sang le régime libyen mais personne n’est capable de neutraliser des passeurs et des esclavagistes qui se sont tranquillement regroupés dans ce pays.

tete-de-mort2[1]

Concernant l’insécurité, les peurs sont exploitées dans la vie de tous les jours mais aussi par des conseillers de l’ombre que l’on avait l’habitude de voir dans les affaires de la Francafrique, autour des présidents français, et de tous les décideurs économiques et politiques. La peur les incite à s’entourer d’experts qui pullulent en ce moment sur les plateaux de télévision, et plus discrètement de pseudos barbouzes qui les rassurent. Ce sentiment de protection est à double tranchant, puisqu’un barbouze n’est fidèle à personne. Les « experts » ne le sont que par un passage dans une grande école de management des risques. Nous sommes dans un monde qui se cherche mais qui laisse libre d’accès à tout opportuniste.

la peur

Représentation de nos peurs

Quand aux gilets jaunes, les tentatives de récupération sont multiples ou du moins les plus mal intentionnés sont à l’affût de toute opportunité visant à servir des intérêts personnels. Dans le lot, peuvent se révéler aussi bien des citoyens et des politiques intègres que des malfaiteurs. Dès qu’une occasion se présente, les pires de tous cherchent à se placer. Les plus dangereux sont ceux qui ne se dévoilent pas encore aux yeux de la population.

Tout est manipulation, opportunité à saisir, désordre à exploiter. Pour les voyous, le chaos est alors souhaitable car les institutions ne sont plus censées être en mesure de se protéger des infiltrations malveillantes. C’est l’histoire même des mafias qui se fondent dans les sociétés pour mieux les annexer. Les uns jouent avec les autres et l’intérêt collectif, déjà mal mené, est voué à disparaître.

psychological-manipulation-techniques

En cette période de doutes et de remise en cause de notre propre fonctionnement, la vigilance et le bon sens doivent le remporter sur l’ivresse. Trop de pouvoirs à acquérir ou à gérer, trop d’humanisme mal placé, une insécurité mal évaluée sont autant de facteurs qui peuvent nous détruire. Les seuls gagnants seront ceux qui veulent réduire les libertés et asservir les populations.

cropped-200px-cecrops_i-e15020579877411.jpg.

» data-medium-file= »https://15ansdemafia.files.wordpress.com/2017/08/cropped-200px-cecrops_i-e15020579877411.jpg?w=1000?w=200″ data-large-file= »https://15ansdemafia.files.wordpress.com/2017/08/cropped-200px-cecrops_i-e15020579877411.jpg?w=1000?w=200″ data-mce-src= »https://15ansdemafia.files.wordpress.com/2017/08/cropped-200px-cecrops_i-e15020579877411.jpg?w=1000″> 

Faut-il ensuite associer le désordre international, dont nous sommes en partie les responsables à notre – présent ou futur – désordre national ?

Ces sujets de réflexions ne sont pas une vérité en soi … mais s’en approchent peut-être. Pour s’en persuader ou comprendre … 15 ANS DE MAFIA

frank.cecrops@gmail.com

Et n’oublions pas, le Maître à penser …

CIueAKyUwAAtt9_

 

https://15ansdemafia.wordpress.com/2018/12/27/gilets-jaunes-migrants-insecurite/

Publicités

« La transparence du temps »- Leonarda Padura – Métaillié/Bibliothèque hispano-américaine, traduit par Elena Zayas

La livrophage

« 4 septembre 2014 à

La lumière crue de l’aube tropicale, filtrée par la fenêtre, tombait comme un éclairage de théâtre sur le mur où était accroché l’almanach avec ses douze cases parfaites, réparties en quatre colonnes de trois rectangles chacune. À l’origine, aux espaces du calendrier correspondaient différentes couleurs, du vert juvénile et printanier au gris vieilli et hivernal, une palette que seul un dessinateur très imaginatif pourrait associer à une chose aussi inexistante que les quatre saisons dans une île de la Caraïbe. Au fil des mois, quelques chiures de mouches étaient venues agrémenter le bristol de points de suspension erratiques;[…] Autant de marques du passage du temps et de mises en garde destinées à une mémoire en passe de se scléroser. »

Croyez-moi, c’est un sacré défi de parler des romans de Leonardo Padura. Celui-ci, comme « Hérétiques », car on a affaire à un grand bonhomme, vraiment un très grand écrivain…

Voir l’article original 1 238 mots de plus

Mettons fin aux inégalités extrêmes

OXFAM, le pouvoir citoyen contre la pauvreté

79%
39 268 / 50 000 actions

Aujourd’hui, un fort sentiment de colère contre les inégalités se fait entendre partout en France. L’aggravation de ces inégalités est devenue insupportable car elles enferment les plus pauvres dans la précarité sans perspective d’en sortir.

Alors que les chefs d’Etat et grandes fortunes se réunissent à Davos pour le Forum Economique Mondial, Oxfam révèle qu’en 2018, la fortune des milliardaires de la planète a augmenté de 12 % représentant un gain quotidien cumulé de 2,2 milliards d’euros, tandis que la richesse de la moitié la plus pauvre de la population mondiale – soit 3,8 milliards de personnes – a chuté de 11 %.

La France n’est pas à l’abri des inégalités extrêmes : en effet, 8 milliardaires français détiennent à eux seuls autant que les 30% les plus pauvres.

Nous demandons aux élu-e-s une grande loi contre les inégalités, basée sur un impôt plus juste, la lutte contre l’évasion fiscale et un partage réellement équitable des richesses créées dans les entreprises.

Les inégalités ne sont pas une fatalité.

Oxfam dénonce un système économique biaisé qui creuse non seulement les inégalités, mais empêche également des millions de personnes de sortir de la pauvreté. Dans le monde, aujourd’hui, près de 850 millions d’individus survivent dans l’extrême pauvreté avec moins de 1,9 $ par jour, sans accès à l’eau potable, à l’éducation, à la santé, et sans opportunité d’un avenir meilleur.

A l’extrême opposé, depuis une dizaine d’années, une élite d’ultra-riches a émergé. L’année 2017 a battu un record alarmant : le nombre de milliardaires dans le monde a connu sa plus forte hausse de l’histoire.

En France, les inégalités se creusent aussi : les 10 % les plus riches détiennent plus de la moitié des richesses nationales quand les 50 % les plus pauvres se partagent seulement 5 % du gâteau. La France est championne du monde du versement des dividendes à ses actionnaires et laisse les patrons du CAC 40 se rémunérer en moyenne 280 fois le Smic tandis que 14,3% de sa population vit sous le seuil de pauvreté avec un million de femmes travailleuses pauvres qui élèvent seules leurs enfants avec moins de 850 euros par mois.

Des scandales d’évasion fiscale tels que les Paradise Papers, les écarts de rémunérations au sein de grandes entreprises ou la réforme fiscale d’Emmanuel Macron, montrent que les responsables économiques et politiques ne sont pour l’instant pas décidé-e-s à s’attaquer sérieusement à cette injustice.

Contre les inégalités : pesons de tout notre poids !

Pour lutter contre les inégalités, des solutions existent pourtant et demandent une forte volonté, certes de la part des entreprises, mais surtout, des responsables politiques. Sans mesures fortes, la France verra ses citoyen-ne-s et petites entreprises payer la facture des pratiques irresponsables de grandes entreprises, dans un climat d’injustice et de stigmatisation des plus pauvres. Sans mesures fortes, comme le reconnaissent de plus en plus d’institutions comme le Fonds monétaire international (FMI) ou l’OCDE, cet accroissement continu des inégalités, in fine, portera atteinte à la croissance et à la prospérité économique de tou-te-s.

Face à l’indignation contre les inégalités, il est temps d’agir de tout notre poids pour peser et ré-équilibrer les choses. Pour cela, Oxfam s’adresse aux grandes entreprises pour leur demander de tourner le dos à des pratiques nocives : évasion fiscale, grands écarts salariaux, versement record de dividendes, et d’emprunter la voie d’une économie plus humaine et inclusive. Mais des mesures volontaristes ne suffiront pas à gagner le combat contre les inégalités. Des mesures publiques ambitieuses doivent être adoptées et s’imposer aux entreprises et aux contribuables.

C’est pourquoi, Oxfam mobilise des milliers de citoyens autour d’une demande prioritaire à Emmanuel Macron, au Gouvernement et aux parlementaires : adopter une loi contre les inégalités, au service de l’intérêt général (pour en savoir plus, rendez-vous ici). Cette loi reposerait sur trois piliers :

  1. Un partage réellement équitable des richesses créées au sein des entreprises, entre dirigeant-e-s, salarié-e-s et actionnaires,notamment par un encadrement des écarts de salaires.
  2. La lutte contre l’évasion fiscale pour financer les services publics – comme l’éducation, la santé ou les transports – qui réduisent les inégalités
  3. La défense d’un impôt juste et progressif pour une redistribution équitable des richessesqui demande aux plus aisés de contribuer à leur juste part.

 

Michel Étiévent : « La Sécu a été entièrement bâtie dans un pays ruiné grâce à la seule volonté militante »

Important de constater le gouffre qui sépare les ambitions des créateurs et la mesquine pensée de ceux qui nous gouvernent depuis 40 ans.

Le Comptoir

Avec Macron, la privatisation de la Sécu est en marche forcée : augmentation de la CSG (contribution sociale généralisée), milliards d’euros “économisés” (et lits d’hôpitaux en moins), chasse aux fraudeurs, augmentation du forfait hospitalier… Pour comprendre pourquoi on devrait défendre la Sécurité sociale avec acharnement plutôt qu’accepter béatement sa destruction méticuleuse, nous revenons sur les conditions de sa création et son histoire avec Michel Étiévent – historien militant né dans la même maison que l’homme à l’origine de la Sécu – dans le numéro deux de notre revue. Construite envers et contre le Capital dans un pays ruiné par la guerre, la Sécurité sociale est probablement le service public qui a le plus changé la vie des Français au siècle dernier.

Le Comptoir : Comment les gens se soignaient-ils en France avant la création de la Sécurité sociale en 1945 ?

Illustration de Quentin Chaillé pour La Revue du Comptoir

Voir l’article original 2 859 mots de plus

Monsanto, L’Oréal, Amazon, BNP, Auchan : les gilets jaunes multiplient les actions contre des multinationales

PAR SOPHIE CHAPELLE, THOMAS CLERGET 14 DÉCEMBRE

JUSTICE FISCALE

Dénonçant les « dérives de l’économie de marché » ou les grandes entreprises qui essaient d’échapper à l’impôt, des gilets jaunes mènent depuis plusieurs jours des actions de blocage ciblant des enseignes de la grande distribution – comme celles de la famille Mulliez – des géants de l’industrie comme Monsanto, des agences bancaires ou des entreprises appartenant à de grandes fortunes. Ils y revendiquent « une meilleure justice sociale », une véritable lutte contre l’évasion fiscale, la « taxation des produits financiers », ou encore un financement de la transition écologique « non par les pauvres », mais « par les entreprises multinationales ».

La mobilisation des gilets jaunes continue de se distinguer par l’inventivité de ses modes d’actions. Plusieurs grandes entreprises ont été ciblées ces derniers jours par leur mouvement, un peu partout en France. Le 12 décembre, à Toulouse, des gilets jaunes ont ainsi bloqué les accès de l’agence de livraison du géant du e-commerce Amazon. Ils réclament que le groupe américain paie ses impôts en France. Une demande régulièrement formulée au sein du mouvement, et rapidement évoquée par Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée du 10 décembre. « Le dirigeant d’une entreprise française doit payer ses impôts en France, et les grandes entreprises qui y font des profits doivent y payer l’impôt. C’est la simple justice » a-t-il déclaré sans préciser la nature des mesures qu’il envisageait de mettre en œuvre. Il y a un an, en octobre 2017, après une enquête sur les pratiques fiscales d’Amazon, la Commission européenne avait d’ailleurs conclu « que le Luxembourg avait accordé à Amazon des avantages fiscaux indus pour un montant d’environ 250 millions d’euros ». Si l’entreprise est censée rembourser cette somme, aucune amende ni sanction ne sont prévues [1].

Autres cibles des gilets jaunes, les trois grands centres commerciaux de l’agglomération de Caen ont également dû fermer leurs portes durant plusieurs heures samedi 8 décembre. Des grandes surfaces Carrefour, Leclerc, ainsi que différentes enseignes ont été affectées. « On veut toucher l’économie », explique encore un gilet jaune qui participait à une action de blocage de « tous les magasins de la zone appartenant au groupe Mulliez », le 1er décembre à Saint-Brieuc (Côtes d’Armor). « Au début, on ne ciblait pas la bonne cible. On a dérangé beaucoup de gens et on s’est mis une partie de la population à dos en les bloquant », commente l’un des gilets jaunes.

Toujours en Bretagne, l’entrée du site de l’usine Nokia à Lannion a été bloquée le 5 décembre dès 7h du matin. Les gilets jaunes y ont « dressé des panneaux appelant à la 6ème République et faisant référence à Mai 68 », raconte un journaliste de Ouest France.

Mulliez, Bettencourt, Arnault et Gattaz dans le collimateur des gilets jaunes

Si des gilets jaunes ont visé le groupe Mulliez, c’est parce qu’il représente à leurs yeux « les dérives de l’économie de marché » [2]. La famille Mulliez, qui contrôle le groupe Auchan et des dizaines d’autres enseignes (Leroy Merlin, Boulanger, Cultura, Bizzbee, Kiabi, Flunch, Décathlon, Norauto…) est à la tête d’une fortune de 38 milliards d’euros [3]. C’est « l’un des plus riches patrons français qui paye ses impôts en Belgique », a expliqué Benoît Julou, membre du groupe Facebook « le pouvoir du peuple 22 », pour justifier cette action. La veille du blocage, les participants à l’action avaient aussi annoncé vouloir cibler le groupe Mulliez pour « avoir un impact direct sur Macron », en touchant des enseignes qui, selon eux, appartiennent à l’un de ses proches.

- Lire aussi notre enquête : De Nutella à Chanel en passant par Dassault : les combines pour devenir milliardaire et le rester

Le 10 décembre, des gilets jaunes de l’Allier se sont installés à l’entrée de l’usine « Cosmétique active production », qui appartient au groupe L’Oréal. Si les salariés du site pouvaient se rendre à leur travail, une dizaine de gilets jaunes ont en revanche empêchél’accès du site aux camions. « Puisque Macron ne veut pas entendre ceux qui gagnent 1000 euros par mois, il entendra peut-être ceux qui lui rapportent de l’argent. C’est pour ça que nous bloquons l’Oréal », a expliqué un manifestant. Là-encore, L’Oréal est une histoire de famille avec les Bettencourt, deuxième fortune française (voir notre article ici). Au lendemain du discours d’Emmanuel Macron, un scénario similaire s’est produit dans l’Indre, devant l’usine Vuitton de Condé. Vuitton est l’un des symboles de l’industrie du luxe français, propriété de la plus grosse fortune française Bernard Arnault (LVMH), qui a accumulé 73,2 milliards d’euros [4]. Une quinzaine de manifestants ont bloqué les expéditions, empêchant les camions d’entrer et sortir pendant environ quatre heures, tout en laissant passer les salariés.

L’ancien président du Mouvement des entreprises de France (Medef), Pierre Gattaz, a lui-même fait l’objet d’une action pacifique le 8 décembre. Des gilets jaunes ont accroché deux banderoles devant sa villa à Sannes, dans le Lubéron (Vaucluse), affichant « Gattaz voleur », et faisant référence aux « 20 milliards d’euros du CICE ». En 2014, Pierre Gattaz avait promis la création d’« un million d’emplois » en contrepartie de la mise en place de ce dispositif exceptionnel d’exonération de cotisations sociales pour les entreprises. Il dirige aujourd’hui BusinessEurope, le principal lobby d’affaires européen, qui s’est récemment fait remarquer pour son opposition farouche aux mesures de transition écologique (lire notre article ici).

LCL, BNP ou la Société générale ciblées pour « taxer les produits financiers »

Le secteur bancaire n’a pas échappé à ces actions. Des gilets jaunes ont organisé une opération contre des banques le 5 décembre, dans le centre-ville de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Une cinquantaine de personnes ont recouvert de peinture jaune les façades de la BNP, puis de la Société générale. Parmi les affiches plaquées contre les vitrines, on pouvait lire : « Frais bancaires, agios, crédit à la consommation… Évasion fiscale pour les riches, racketteur pour les autres », ou encore « Crise 2008 : 1000 milliards pour renflouer les banques responsables, sans contrepartie ».

Le 12 décembre, plusieurs agences bancaires ont aussi été bloquées à Carcassonne. « Macron a reçu ses copains banquiers [le 11 décembre], on veut montrer qu’on ne les oublie pas. Et on propose que les 10 à 13 milliards qui vont être nécessaires pour financer les mesures annoncées par Emmanuel Macron ne le soient pas par les ménages, mais par la taxation des produits financiers, a expliqué Philippe Fougères, un porte-parole du collectif, qui a également déploré l’allègement de l’exit tax voté le 10 décembre. Diverses agences bancaires avaient aussi été la cible de graffitis ou de dégradations pendant les différentes manifestations, en particulier à Paris.

- Lire à ce sujet : Spéculation, évasion fiscale, bonus des traders : observez en direct la démesure des banques et marchés financiers

« C’est à Monsanto et aux autres multinationales de payer la transition écologique, non aux pauvres »

L’accès de l’usine Monsanto à Trèbes, dans l’Aude, a également été bloqué par des gilets jaunes le 10 décembre. Si les poids-lourds ont dû faire demi-tour, le personnel du site a, ici encore, pu rejoindre ses postes de travail. « Nous ne voulons pas embêter les particuliers mais la société », a précisé Fabienne, une mère de famille sans emploi, indiquant qu’il s’agissait « d’une action anticapitaliste et écologique ». Pour les membres de ce groupe, Monsanto serait l’« un des pires acteurs de l’agonie de cette planète ». « Nous voulons une meilleure justice sociale. Macron ne pense qu’aux riches », résume Fabienne, remontée contre le fait que « 10 % de la population française concentre 90 % des richesses. C’est comme si nous avions dix pommes, et que nous en donnions neuf à un seul enfant, et la dixième serait partagée par les neuf autres enfants ». Le blocage a été levé par l’intervention des forces de l’ordre le 12 décembre. Les gilets jaunes ont depuis installé un campement devant l’usine.

« Monsanto, pour nous, c’est l’emblème du capitaliste dévastateur de la planète. Ils font beaucoup de profits. C’est à eux et [aux] autres multinationales de payer la transition écologique et non aux pauvres. Il faut que le gouvernement français impose plus ces entreprises, les oblige à payer l’ensemble de leurs impôts », a également expliqué Pascal Perez, l’un des gilets jaunes présent sur place, au site d’information Inf’OGM. Ce dernier a contacté le groupe Bayer, qui a récemment racheté Monsanto : « Nous entendons la colère des personnes qui manifestent mais regrettons la forme de cette manifestation à l’encontre de notre entreprise, qui (…) entrave l’activité de nos 100 salariés sur place, notre entreprise étant un acteur important de l’emploi local ». Or, Bayer a annoncé fin novembre le licenciement de 10 % de son personnel, soit 12 000 emplois sur 118 200 dans le monde.

Des opérations « péages gratuits » continuent par ailleurs d’être menées. Alors que 80 % des autoroutes sont privatisées depuis 2006, une partie des gilets jaunes revendique la renationalisation de ces infrastructures. Le 10 décembre, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a estimé que « les événements actuels devraient nous faire perdre 0,1 point de croissance de notre richesse nationale au dernier trimestre ». Interrogé sur ce degré de précision, Bruno Le Maire a concédé qu’il s’agissait d’une « estimation personnelle ».

Sophie Chapelle, avec Thomas Clerget

Photo : CC Erwin Soo

Notes

[1Voir le communiqué de la Commission européenne, du 4 octobre 2017.

[2Voir cet article ici et  sur l’action des gilets jaunes à Saint-Brieuc.

[3Selon le magazine Challenges et son classement des 500 fortune françaises.

[4Toujours selon le classement des 500 fortune françaises du magazine Challenges.

Source: Bastamag